Politique

Soufiane Djilali : Bouteflika ne croit qu’à la force et la malice

Soufiane Djilali : entretien réalisé 2014

Au moment ou des partis comme le FLN et le RND annoncent leur soutien à Abdelaziz Bouteflika pour un 4ème mandat avant même sa déclaration de candidature, votre jeune parti Jil Jadid vous présente comme candidat à l’élection présidentielle 2014…
Soufiane Djilali : Oui ! C’est exact. Mais que reste t-il du FLN ou du RND ? Ce sont des coquilles vides de sens. Le pouvoir utilise ces deux partis comme des prolongements de l’exécutif. Le FLN et le RND sont des nids pour opportunistes qui veulent faire carrière à l’ombre du régime. Leur seule ambition est de participer à la rente. Ils n’ont ni programme, ni doctrine ni vision pour l’Algérie. Ces partis sont peuplés d’opportunistes qui n’ont aucun désir de militer au sens noble du terme. Lorsqu’on n’a plus d’idéal, alors on n’a plus aucune motivation pour agir en fonction de ses propres convictions. Aujourd’hui, on en est là. A part quelques partis qui croient en un avenir national, la plupart des partis politiques portent en eux une soif pathologique pour l’argent, les honneurs et la « fakhfakha ». A l’évidence, ce n’est pas avec de tels sentiments que l’on construit les nations !
Vous avez déclaré dans votre discours de candidature que vous ne participerez pas aux élections juste pour faire de la figuration.

Pensez-vous que les élections 2014 seront transparentes ?
Les élections de 2014 sont un enjeu capital. Bien sûr que Bouteflika et sa cours n’ont absolument pas l’intention d’aller vers des élections loyales. Pour cela, il aurait fallu que ce pouvoir croit en la démocratie et aux règles du droit. Le Président, lui, ne croit qu’en la force et la malice. Maintenant, aura-t-il les coudées franches pour trafiquer à sa guise comme il en a l’habitude ? C’est là que les choses peuvent lui échapper : il est malade, incapable d’opérer les grandes manœuvres. Son entourage est plein de contradictions. A tout moment, la santé du chef de l’Etat peut le trahir. Par ailleurs, il y a une résistance interne qui se construit. Les partis politiques commencent à sortir de leur léthargie et de leur conditionnement nihiliste. Il y a une nouvelle volonté de se battre.

Les Algériens commencent aussi à s’interroger sur l’effet de leur démobilisation. Les boycotts n’ont jamais rien apporté. Le FFS et le RCD qui ont trop souvent appelé à la démission n’ont réussi en fin de compte ni à éveiller les consciences des Algériens, ni à construire un vrai courant démocrate ni à bâtir de bons partis politiques. Bien sûr qu’il y a toutes les manœuvres du pouvoir, mais une part de responsabilité revient à l’opposition. Nous n’avions pas su, jusqu’à présent, proposé au peuple une vraie alternative. Pour revenir à votre question, je pense que les jeux sont encore ouverts. Il est possible que le pouvoir trafique les élections. Mais pour peu que les Algériens participent en masse, et que la communauté internationale ne fasse pas les comités de soutien pour Bouteflika, alors des surprises pourront surgir. Quant à nous, il n’est pas question une seconde de faire de la simple figuration. Je défendrai jusqu’au bout mes idées. Et vu le champ politique aujourd’hui, je suis en droit de croire que tout est possible !


 Vous avez parlé de liberté de conscience et vous avez souligné que la responsabilité du croyant est individuelle.

Etes-vous pour la suppression de l’article 2 de la constitution stipulant « l’islam est la religion de l’Etat » ?
Dans mon intervention lors de ma déclaration de candidature, j’ai insisté sur certains aspects de notre religion pour montrer qu’il est tout à fait concevable d’aller vers la sécularisation de l’Etat. Il faut que le musulman accepte qu’autour de lui, il y a des personnes qui n’ont pas la foi. Cela aurait dû être une évidence pour peu que le Coran lui-même soit lu et compris. Il y a un très grand nombre de versets coraniques qui stipulent la liberté de la foi, la non contrainte de la croyance, le respect total des autres religions, la liberté de conscience, la responsabilité individuelle etc… Malheureusement, le Coran a été interprété à travers un filtre de valeurs sociales et anthropologiques qui n’ont plus cours aujourd’hui. Les musulmans doivent réinterpréter leur texte sacré. Pendant des siècles, les hommes de religion se sont permis de mettre en avant, les parties du texte sacré qui les arrangeaient et ont oublié ou même plus grave, ont censuré ce qui ne leur plaisait pas. Savez-vous par exemple qu’environ 500 versets coraniques ont été déclarés « abrogés » alors qu’il n’y a aucun fondement coranique à l’abrogation ? 500 versets sur environ 6000, cela fait pas loin de 10% du texte qui a été annulé! Les dispositions sur les libertés de conscience, sur l’héritage, sur d’autres questions de société ont ainsi fait les frais d’une lecture rétrograde.
L’Islam est très profondément ancré dans l’être et l’âme de l’Algérien. Si vous voulez introduire de vraies réformes de modernisation, vous devez les expliquer en harmonie avez l’Islam et cela est possible. Si vous voulez annuler la spiritualité en général à cause d’une mauvaise interprétation de la religion, alors vous allez créer des problèmes insolubles et insurmontables !
Au lieu de dire, en tant que responsable politique : limitons l’influence de l’islam et ne le considérons pas comme source d’inspiration pour la gestion de notre société, ce qui causera de terribles dégâts, il est bien plus efficace d’expliquer que le Coran laisse libre les humains de croire ou de mécroire et que le jugement des personnes relève du Très Haut et non pas de l’idéologie humaine. Dans ce domaine, je vous assure qu’il est possible de faire des avancées considérables à la société vers une tolérance religieuse sereine, un rééquilibrage des relations en faveur de la femme, une grande ouverture sur les cultures nationales, y compris les langues non arabes.
Enfin, à mon sens, l’islam s’adresse à la conscience des hommes et non pas à des entités abstraites. Seulement, les collectivités peuvent prendre en référence leur religion. L’Islam fait partie intégrante du vécu de l’Algérien. Il ne faut pas par contre que cela soit une porte au totalitarisme religieux. Tout comme celles et ceux qui portent en eux le besoin identitaire y compris par son expression linguistique, il y a celles et ceux qui ne peuvent pas envisager leur vie sans la dimension islamique. Au politique de concilier la vie de tous dans la liberté et le respect. Cela est tout à fait possible !
 Êtes-vous pour l’officialisation de Tamazight ?
Tamazight est notre langue d’origine, à nous tous. Moi, je suis né à Alger dans une famille arabophone. Mais je me considère comme amazigh par mon origine, mon histoire, ma mentalité. En Algérie, il n’y a pas de Saoudiens, de Yéménites ou des Qataris. Nous avons une dimension arabe par notre appartenance à la civilisation arabo musulmane à laquelle nous avons largement contribué. La civilisation arabo-musulman n’appartient pas à l’Arabie Saoudite. Elle appartient à toute une aire géographique à laquelle nous sommes liés par une multitude de liens. L’Afrique du Nord a toujours eu une relation avec la partie orientale de la méditerranée  depuis de longs siècles.

Aujourd’hui, les Algériens sont en pleine prise de conscience de la spécificité de notre identité. La culture amazighe et la langue tamazight sont dans notre patrimoine génétique. Il faut revaloriser ce patrimoine. L’officialisation de tamazight arrivera naturellement. Il faut y aller résolument mais sans précipitations. Il ne faut surtout pas créer des réactions défensives de la part de personnes qui auront mal compris les intentions. Cela compliquera la situation pour rien. Je pense qu’avec un travail politique sérieux et volontaire, on arrivera à cet objectif assez rapidement.

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